Impression personnelle:
“Ce petit traité nous éclaire sur une autre façon de voyager, de vivre. C’est une alternative romantique plus respectueuse et contemplative de la nature, pour ralentir la fuite du temps.Tous les esprits aventuriers devraient avoir ce livre dans leurs bibliothèques!”

Une communion retrouvée avec la nature
Sylvain nous livre sa philosophie de l’errance et du nomadisme romantique. Il prône un retour à la nature qui ressemble en certains points à la vie de Christophe McCandless qui a inspiré l’écriture du livre “Into the Wild” de Jon Krakauer. Pour information, ce livre est la base du film “Into the Wild” sorti récemment (et que je n’ai pas encore vu).
Par retour à la nature, Sylvain Tesson appelle à redevenir des Wanderers, Waldgangers , ces voyageurs solitaires qui parcourent le monde “by fair means” : à pied, à cheval, en canot ou à vélo pour avoir le temps de contempler les délices de la nature qu’un simple touriste ne pourrait soupçonner. Le fait de voyager à armes égales avec la nature, sans idéologie, sans désir de changer le monde permettrait une véritable contemplation. Vivre avec son cheval dans les steppes de Mongolie ou passer l’hiver sibérien dans une cabane. Escalader à mains nues les cathédrales pour y dormir la nuit, se reposer dans un hamac près d’une cascade; telle est la vie du vagabond romantique rythmée par la citation quasi-religieuse de poèmes pour égayer le voyage. Tous les soirs, que ce soit contemplant un orage depuis une grotte ou admirant un coucher de soleil sur le lac Baïkal, Sylvain prend sa plume pour écrire, partager ses pensées, ses réflexions ou son parcours du jour.
Une vision quelque peu désabusée du genre humain
Dans la lecture du traité, j’ai ressenti plusieurs fois une profonde déception dans la nature de l’Homme de la part de l’auteur. A plusieurs reprises, il parle de fuir la civilisation moderne et les humains et critique l’humanisme béat. Comme arguments proposés, Sylvain nous parle par exemple de la position inacceptable de la femme partout dans le monde. Je cite:
“Je suis sorti des chemins humanistes, à la faveur de rencontres qui me dessillèrent les yeux et me désoperculèrent les oreilles. Lors de mes premiers voyages, je partais admirer le spectacle du monde et le rideau se leva sur l’universelle oppression de la moitié de l’humanité par l’autre.
Il étaie ensuite son propos en nous parlant d’expressions machistes et dégradantes pour la femme comme:
“Quand la fille naît, même les murs pleurent.” (Roumanie)
“Une fille donne autant de soucis qu’un troupeau de mille bêtes.” (Tibet)
“La femme est la porte principale de l’enfer.” (Inde)
“La femme que Dieu comble de bonheur est celle qui meurt avant son mari.” (Monde arabe)
“Merci mon Dieu de ne m’avoir pas fait naître femme.” (Monde juif)
Pour continuer, dans le chapitre “Les forêts du recours”, il dit par exemple :
“Pour ma retraite, j’ai déjà choisi les lieux [...] J’y ferai l’expérience de ce qu’offrent toutes les réclusions : celle du temps enfin arrêté et celle de la solitude dont l’âpreté est plus fertile que les plaisirs de la rencontre.”
Sylvain Tesson, sur la base de cette lecture, fuit la civilisation pour mieux contempler la nature certes mais à également l’air de fuir simplement les hommes. En caricaturant, c’est le foutoir sur cette planète donc je rends mon tablier et m’en vais m’amuser seul dans la forêt. Je trouve cela dommage et un peu lâche d’avoir ce type de discours asocial. Je pense intimement que c’est parce que la situation est alarmante qu’il faut agir, à son échelle voire plus et dans la mesure du possible. Moi qui suis d’un tempérament positif, j’ai réellement trouvé son discours triste. J’ai néanmoins apprécié ce personnage attachant et qui nous invite à la rêverie éveillée.
Voyager ou vivre comme un wanderer ?
Voyager bien-sûr !!! Parce qu’il y a tellement à faire sur cette bonne vieille Terre, je ne me permettrai pas et ne pourrai physiquement pas vivre comme un wanderer du fait du manque d’interaction humaine. Par-contre, découvrir un pays à la manière du wanderer, c’est à dire à armes égales et pour une longue durée, absolument.
Bon à voir
Bon à savoir
L’écrivain français a entre autres reçut le Prix Goncourt de la Nouvelle pour son recueil appelé “Une vie à coucher dehors“.
Les amis stégophiles (passionnés des toitures) appellent S. Tesson le “Prince des Chats”.
Lexique utile Wanderer Waldganger